" L'Uruguay, c'est pour nous comme un grand projet permanent. Très efficace,
la structure jouit d'un degré d'autonomie complet en termes de management et de
finance. Elle se gère, aujourd'hui, sans soutien et sans garantie de la maison
mère ", explique Bernard Bolon, directeur opérationnel Europe et Amériques,
de Spie Batignolles TP. En près de cinquante ans d'exercice, Saceem est devenue
une filiale mature et pluridisciplinaire. Sans doute l'une des conditions qui
en font aujourd'hui une filiale modèle et bénéficiaire. Sa création remonte à
1951. " Comme toute implantation, elle est née à la suite d'un grand projet.
Il s'agissait, ici, de construire des lignes à haute tension. Ensuite, c'est l'opportunité
du marché, la qualité des dirigeants de l'époque qui ont fait le reste ".
L’Uruguay, ayant, en Amérique du Sud, la réputation d'être un centre financier
ouvert à l'investissement étranger, la mise en place de l'entreprise, société
de droit uruguayen, n'a pas posé de difficultés insurmontables. " Il y
a toujours un peu de bureaucratie dans ces pays. On ne crée pas une entreprise
aussi vite qu'aux États-Unis. Mais, l'Uruguay, c'est un peu l'équivalent de
la Suisse en Europe ". D'abord dirigée par une équipe française, Saceem
a acquis sa véritable autonomie, il y a une vingtaine d'années, lors de la nomination
d'un directeur général et d'un PDG uruguayen. Hormis l'expatriation d'un ou
deux cadres pour des missions ponctuelles, la Saceem fonctionne avec du personnel
local. Elle emploie aujourd'hui 156 employés permanents et fait appel, selon
ses besoins, à 700 ouvriers. Tous sont uruguayens. " C'est un pays où le
niveau de compétences des cadres est assez élevé. Nous n'avons donc pas besoin
d'envoyer des spécialistes comme ce peut être le cas ailleurs ", observe
Bernard Bolon. " Ce ne fût pas le cas pour nous en Uruguay, mais des problèmes
peuvent survenir lors de l'implantation d'une filiale confrontée à de strictes
procédures d'attribution de marchés. En effet, lors de pré-qualifications, la
filiale ne peut se targuer de références appartenant à son groupe. La solution
c'est de créer une succursale de la société mère suffisamment tôt. Cela dit,
sa création peut être astreinte à l'obtention préalable d'un marché ou être
fiscalement rédhibitoire. Un cercle vicieux, en somme, qu'il faut appréhender
très longtemps à l'avance ".
Au-delà des liens capitalistes qui unissent Saceem et le groupe Spie, groupe
dont la structure a été modifiée l'an dernier par un R.E.S. (rachat de l'entreprise
par ses salariés), la Saceem maintient une coopération technique avec l'ensemble
des filiales françaises du holding Spie Batignolles. De fait, elle n'intervient
pas uniquement dans le secteur des travaux publics, mais peut participer, par
exemple, à la rénovation d'une centrale hydroélectrique, à la pose d'installations
de fibres optiques, la construction d'un bâtiment de grande hauteur ou encore
d'un hypermarché à Montevideo. Des chantiers spécifiques pour lesquels la Saceem
fait appel aux compétences propres des filiales comme Spie Trindel, Spie Enertrans,
Spie Citra, SCGPM ou encore Spie Capag. " Dans un petit pays de quatre
millions d'habitants, Saceem est en fait une véritable image du groupe Spie
Batignolles. Si elle est le premier spécialiste des ponts en Uruguay, elle représente
tous les métiers ; du BTP à l'éclairage urbain, de la pose de fibres optiques
à l'instrumentation... " Résultat de cette assistance opérationnelle :
une bonne partie des dividendes revient, chaque année, en France, au gré d'une
convention fiscale signée entre les deux pays, qui autorise, notamment, le concours
de sociétés françaises pour ces opérations.
Si, comme ailleurs, les entreprises payent des impôts sur les bénéfices, l'un
des gros avantages de l'Uruguay est l'absence d'impôts sur le revenu pour les
personnes physiques uruguayennes ou pour ceux qui travaillent dans le pays.
" Les règles sont simples et généralement plus intéressantes que dans l'ensemble
des pays d'Amérique latine. Pour Spie Batignolles, exister en Uruguay, c'est
également l'avantage d'être présent sur le Mercosur, le marché commun créé entre
l'Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay, auquel sont associés le Chili
et la Bolivie. Il n'a pas atteint le degré d'intégration de la Communauté européenne,
mais il se constitue sur son modèle et la communication des biens et des services
est facilitée. "
Si le chiffre d'affaires de la Saceem (150 MF) ne représente qu'un centième
du chiffre d'affaires de Spie Batignolles TP, il représente une vitrine pour
le groupe et l'équivalent d'un grand projet annuel. " Nulle part ailleurs
dans le monde, nous n’avons une filiale aussi mature et indépendante financièrement.
C'est la preuve que pour atteindre un tel degré d'autonomie, tant au niveau
managerial que financier, il faut une longue expérience. C'est une structure
comme on aimerait en avoir ailleurs ".
Bernard Bolon
Directeur Opérationnel Europe et Amériques
Spie Batignolles T.P.