" L’Economie marocaine est très réglementée pour tout ce qui touche aux importations
et au change. Les procédures administratives sont lourdes mais contrairement à
la légende les choses sont claires et il n’y a pas le moindre racket. Nous n’avons
aucun budget bakchich. " Thierry Lambert, directeur général adjoint de Naturex,
société spécialisée dans la production d’extraits naturels pour les industries
alimentaires, cosmétiques et pharmaceutiques, tient à tordre le cou à une vieille
idée reçue sur le Maroc. Jamais en cinq ans de présence au sud de la Méditerranée
il n’a dû graisser la patte à un quelconque fonctionnaire. Les relations avec
le Maroc sont saines à défaut d’être toujours très simples.
" Nous avons implanté une filiale de production au Maroc en 1992 "
explique le DGA. " Ce choix répondait à plusieurs exigences : la richesse
du tissu agricole, la qualité des infrastructures industrielles et le coût raisonnable
de la main-d’oeuvre. Les choses se sont faites naturellement, grâce à la connaissance
préalable que nous avions du pays. Nous nous sommes installés à Kénitra, au
nord de Rabat, au coeur d’une région agricole. Il faut préciser que notre situation
est un peu particulière puisque nous n’avons aucun intérêt sur le marché local.
La totalité de notre production est exportée et nous ne faisons de tort à personne.
"
La société française n’a rencontré aucune difficulté majeure pour créer une
filiale à 100 % sans avoir recours à un partenaire local. Seule surprise et
de taille, le coût de l’immobilier. " Les terrains sont rares et très chers.
Le prix du mètre carré atteint 700 à 800 francs sur certaines zones. Cela s’explique
par le manque de zones industrielles équipées, l’absence d’aides à l’implantation
et l’importance de la spéculation foncière. Certaines zones sont à moitié vides,
mais il ne reste plus de terrains disponibles. Les propriétaires attendent que
les prix montent. " Dans un premier temps, Naturex a tourné la difficulté
en faisant construire une unité de 400 mètres carrés sur un terrain appartenant
à une relation marocaine à qui elle louait les locaux. Elle a attendu quelques
années pour acquérir un terrain plus grand et s’installer dans ses propres murs.
L’usine est dirigée par un Français expatrié qui s’est installé sur place avec
sa famille. Pour le reste, tout le personnel est marocain, techniciens et laborantins
compris. " Nous n’avons pas rencontré de problème pour recruter de la main-d’oeuvre
qualifiée. Le Maroc a de ce point de vue, un avantage notable, c’est la langue.
Toutes les personnes qui font des études supérieures parlent français.
En revanche les choses sont un peu plus compliquées côté administration. Les
relations avec les douanes et l’office des changes ne figurent pas parmi les
plus simples. Outre les procédures douanières classiques " qui prennent
un temps fou ", il faut en effet se soumettre à diverses procédures fiscales
telles le PFI (prélèvement forfaitaire à l’importation), la TVA et le contrôle
des changes. " Vous avez la possibilité de faire entrer des devises étrangères
mais pas d’en faire sortir. Tout doit être enregistré à l’office des changes.
Cela peut parfois générer des problèmes inextricables. Nous avons, par exemple,
importé il y a trois ans pour environ 100.000 francs de matières premières en
vue de leur extraction. Ces produits, destinés à la réexportation, bénéficiaient
d’une suspension de certaines taxes. L’extraction a échoué et la valeur de réexportation
s’est avérée inférieure à la valeur d’importation. Cela fait trois ans que nous
échangeons des courriers avec l’administration pour expliquer le problème mais
l’affaire n’est pas encore réglée. "
Hormis ces quelques tracasseries " et l’obligation de rédiger les dossiers
en sept exemplaires ", la société française se montre plutôt satisfaite
de son unité de production au Maroc. " Nous ne rencontrons aucune difficulté
pour adapter notre activité à son aspect saisonnier, qui fait varier nos effectifs
de 20 à 40 personnes en fonction des récoltes. Notre directeur installé depuis
cinq ans, se sent bien là-bas et ne songe pas à revenir. Il est vrai que le
Maroc est proche de nous, tant géographiquement que culturellement. Marseille/Casablanca
c’est deux heures et demie de vol, ce n’est tout de même pas le bout du monde.
"
Thierry Lambert
Directeur Général Adjoint
Naturex