Longtemps dirigée par un manager général français, la filiale néo-zélandaise "Masurel
Fils (NZ) Ltd" du groupe Antoine Segard est depuis peu dirigée par un Néo-Zélandais.
" Dans la mesure où le manager général épouse complètement la philosophie
du groupe au niveau de la gestion des risques et que les relations bilatérales
entre la filiale et le groupe, situé à trente heures d'avion et dix-sept mille
kilomètres, sont excellentes, un manager général français ne se justifie plus
", indique Philippe Verdin, directeur financier du groupe Segard, dont l'implantation
en Nouvelle-Zélande remonte au lendemain de la seconde guerre mondiale. Une installation
stratégique pour le groupe lainier qui, à l'époque en venant en Nouvelle-Zélande,
visait la diversification de ses lieux d'implantation et de commercialisation
dans le monde. Comme il le fit d'ailleurs au Portugal, en Belgique et en Angleterre.
A partir de Wellington, le négociant allait pouvoir acquérir sur place de la
laine brute et la réexporter telle quelle ou transformée. Achetée aux enchères,
la laine est aujourd'hui exportée à 20 % vers l'Europe et 80 % vers l'Asie.
" Le continent asiatique a connu un développement considérable. Notamment
en raison des délocalisations dans le tissage, la filature, la fabrication d'articles
textiles moyen de gamme et de tapis. Avec l'accroissement de la consommation
en Asie et la construction de manufactures en Chine, les sociétés sud-africaines,
australiennes et néo-zélandaises ont vu leurs exportations fortement augmenter.
Jusqu'à la crise de 1997 " affirme Philippe Verdin.
Devenue autonome, dans le respect du budget commercial et financier, la filiale
conserve des liens quotidiens ou hebdomadaires avec la maison-mère qui garde
un oeil sur les états comptables et financiers de sa protégée. " Dans le
domaine bancaire par exemple, le groupe apporte une aide et des garanties. En
réalité, le manager général effectue au moins un voyage par an en Europe et
nous-mêmes, au moins un ou deux déplacements pour surveiller la conjoncture
économique du secteur lainier pour, le cas échéant, infléchir la stratégie de
l'entreprise. " Avec un effectif de dix personnes, Masurel fils (NZ) Ltd,
fonctionne avec du personnel local, malais, philippin ou chinois. " Même
si nous sommes une petite structure, c'est ce qui fait la richesse de la société.
Le monde de la laine ne se limite pas aux aspects de commercialisation. Outre
la spécialisation, c'est davantage un métier de financier et de réseau. La couverture
de change, de taux d'intérêts, d'assurance crédit client est très importante.
Le négociant, qu'il le soit en laine ou en pétrole, prend des positions sur
les marchés des matières premières ainsi que sur celui des devises et doit donc
assurer un arbitrage permanent : c’est la condition essentielle pour diminuer
au maximum le risque financier. "
Or, les risques sont difficilement acceptés par les banquiers néo-zélandais.
A Wellington, Masurel Fils (NZ) Ltd travaille avec quatre banques australiennes
et néo-zélandaises. Les banques françaises ont quitté le pays, " Parce
que le crédit est difficile à obtenir ", souligne Philippe Verdin. "
Les banques locales ont terriblement souffert de la crise immobilière de 1990-1991.
Elles ont perdu beaucoup d'argent sur les marchés financiers. Depuis, elles
sont d'une méfiance et d'une prudence extrêmes. Aujourd'hui, elles préfèrent
diversifier leurs risques. Le banquier néo-zélandais n'a rien à voir avec un
homologue anglo-saxon ou du sud de l'Europe. Ils sont beaucoup plus sévères
que n'importe quel autre banquier dans le monde. Il faut les informer trois
ou quatre fois plus qu'ailleurs. Nous avons des difficultés de dialogues avec
ces gens-là. Le mieux est d'avoir une maison-mère qui a suffisamment de fonds
propres. Il est clair que la relation bancaire est fondamentale lorsqu'il s'agit
d'entreprendre une implantation en Nouvelle-Zélande. "
Au-delà de cette difficulté majeure, le pays offre des avantages au niveau
de la fiscalité. Notamment depuis la libéralisation initiée par les travaillistes
au début des années quatre-vingt-dix. "Autrefois, tous les marchés étaient
réglementés et faisaient l'objet d'une association quasiment étatique dans chaque
filière. C'était le Dairy Board pour le lait, l'Apple Board pour les pommes,
la Wool Board pour la laine etc. Avec la "révolution libérale" qui
a permis de privatiser nombre d'entreprises, les carcans administratifs ont
été supprimés, la main-d'oeuvre est devenue plus flexible, la comptabilité nationale
s'est assouplie, l'économie s'est libéralisée. " Tellement d'ailleurs que
le taux de croissance a culminé à 6 % en 1995 alors qu'il n'était que de 1 %,
2 % voire 3 % en France. " En 1996, on a vu une augmentation des postes
de travail et une diminution du chômage. Les excédents budgétaires étaient tels
que le gouvernement a été obligé de baisser les impôts. Le système économique
est aujourd'hui beaucoup plus favorable qu'il y a huit ans. "
Extrêmement faible, le taux d'imposition de 33 % est identique pour les entreprises
et les particuliers. " C'est de nature à engendrer un pays honnête et transparent.
Mais, pour qui veut s'implanter en Nouvelle-Zélande avec succès, il y a trois
conditions à respecter. Avoir des fonds propres suffisants pour éviter les banques,
bien connaître les ambassades et les conseillers du commerce extérieur, bien
analyser les risques et opportunités des filières et en particulier, savoir
dans quelle mesure les organismes sont libéraux ou étatisés ". A savoir,
tout de même, qu'un exportateur néo-zélandais est toujours prêt à vendre à n'importe
quel prix. " C'est aussi un moyen de rendre l'économie locale plus performante.
"
Philippe Verdin
Directeur Financier
Groupe Antoine Segard